Vous êtes ici : Accueil > ملفاتنا > La prédation économique au Maroc

Le cœur des réflexions qui parcourent le dossier repose sur une approche critique de la notion de prédation1. Cette dernière est analysée comme un rapport social accompagnant l’exploitation et constituant un mécanisme essentiel de transfert des richesses et d’accaparement des ressources. La prédation est partie intégrante des mécanismes de reproduction du capital et de la logique du profit (voir l’article « l’économie politique de la prédation »). Dans le cas du Maroc, nous avons tenu à montrer quelles sont les racines historiques liées aux formes mêmes de constitution du pouvoir central et de sa base sociale, phénomène par ailleurs encouragé et amplifié par la colonisation (voir l’article « la prédation au Maroc : une vieille histoire » ) et dans le contexte d’aujourd’hui, elle participe doublement à la consolidation de la base matérielle du capital local, de ses fractions dominantes (voir l’article « la prédation locale » ) et, avec l’intégration à la mondialisation capitaliste, au développement étendue de nouvelles formes de colonisation (Maroc : illustration des politiques de recolonisation et de la prédation internationale).

 

L’étude de cas de l’entreprise des Grandes marbreries du Sud illustre certains mécanismes de prédation. Celle-ci passe par l’expropriation des terres collectives, l’accaparement des ressources matérielles du pays et l’exploitation des ouvriers accompagnée d’une destruction de leur « capital immatériel » de savoir-faire. Cette expérience montre également le potentiel des entreprises marocaines dans le cas d’un scénario alternatif qui permettrait une émancipation économique.

Nous vous proposons également un article qui traite de « la pensée d’émancipation d’Aziz Belal face au néocolonialisme » qui rappelle à juste titre que la critique économique n’est pas une critique académique mais s’intègre dans une perspective politique de lutte d’émancipation. Nous avons également entamé une réflexion critique sur la notion de makhzen économique et politique pour ébaucher une approche qui aille au-delà de la critique de l’économie de rente, de la corruption ou du simple « mariage du roi et des affaires » en partant , d’une part, d’ une articulation nécessaire entre l’exigence démocratique et sociale et, d’autre part, de la nécessité d’une transformation radicale du régime d’accumulation lui-même ( « sortir du makhzen économique et politique ou sortir du capitalisme ? » ). Enfin, nous mettons à la disposition des lecteurs, un article intéressant de Joshua qui appréhende la crise du capitalisme mondial dans sa forme et dynamique actuelle à partir d’un éclairage historique ( « une crise de troisième type » ) .

 

Le comité de rédaction de taharaouriates (Emancipations)

 

1 Ce numéro du dossier est bilingue mais si certains articles présentés ici existent en version arabe, ce n’est pas le cas de tous.

  • Créer des espaces dotées d’une autonomie relative

    En dépit des tares de l’économie marocaine, des citoyens peuvent créer des espaces relativement indépendants face aux politiques de prédation économique et de dépendance vis-à-vis de l’étranger.
    Malgré leur fragilité, beaucoup de ces expériences, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise, peuvent participer à l’émergence d’alternatives (...)

  • Dossiers et articles complémentaires portant sur l’économie marocaine

    العدد الخاص لجريدة النهج حول الأزمة الرأسمالية والتبعية الإقتصادية المغربية - يوليوز 2013
    تداعيات التبادل الحر على الإقتصاد المغربي - إبراهيم أوباها (أطاك المغرب -
    CADTM) - ماي 2014
    ثلاث مقالات من جريدة المناضل-ة : المناطق الحرة للتصدير ؛ الخوصصة ؛ بنية الأجور العمومية - 2010 ؛ 2005 ؛ 2004.
    Un siècle de capitalisme marocain - Ghassan Wail El Karmouni - Magazine : Economie et Entreprises (...)

  • Les entreprises marocaines entre la prédation et les perspectives d’émancipation économique : le cas des Grandes marbreries du Sud

    La trajectoire de la société « Grandes Marbreries du Sud » (GMS) est un cas emblématique de la prédation structurée que connait l’économie marocaine. Elle met en évidence l’intervention directe du makhzen, représenté par le ministère de l’intérieur, dans l’économie marocaine, et ce au service des intérêts des plus hauts responsables du pays. Cet exemple (...)

  • La pensée émancipatrice d’Aziz Belal face au néo-colonialisme dans le Maroc contemporain – Partie 1

    Par Youssef Belal
    Ce colloque* a été l’occasion d’un dialogue avec la pensée d’Aziz Belal qui nous a permis de renouer avec une certaine conception du savoir, de l’engagement politique et de l’éthique[1]. Je suis heureux d’avoir été parmi vous car sa pensée appartient à tous, et c’est pour moi une richesse de voir comment les différents professeurs, (...)

  • La pensée émancipatrice d’Aziz Belal face au néo-colonialisme dans le Maroc contemporain – Partie 2

    Par Youssef Belal
    J’explore la dimension émancipatrice en relation avec la reformulation des formes de l’être arabe et islamique. C’est une question qui me préoccupe dans mes travaux sur l’Islam et la pensée islamique. Quel est le rapport entre notre passé et notre présent et la manière dont nous nous projetons dans l’avenir ? Comment de nouveau faire (...)

  • Sortir du Makhzen économique et politique ou sortir du capitalisme ?

    Il y a une corrélation très étroite entre la poussée du néolibéralisme, la corruption institutionnalisée et la concentration de la propriété. La constitution de « monopoles de fait » ne relève pas seulement de l’intervention de la monarchie et de son entourage immédiat dans les affaires, elle a des racines plus profondes. Le propre du capitalisme néolibéral (...)

  • Une crise du troisième type

    20 novembre 2013 par Isaac Joshua*
    Voilà maintenant plus de 5 ans que la chute de Lehman Brothers a donné le signal de départ de la première grande crise du 21ème siècle. Déjà particulièrement longue, cette crise ne semble pas près de s’arrêter. Déplaçant son épicentre (des Etats-Unis vers l’Europe), changeant de forme (d’une crise financière à la crise de (...)

  • Le Maroc : une illustration des politiques de recolonisation et de la prédation internationale

    L’économie marocaine est fortement dépendante du marché mondial et reste façonnée par la globalisation capitaliste. A partir de 2007, le Maroc a bénéficié du nouvel Instrument Européen de Voisinage et de Partenariat (IEVP) servant essentiellement à la rénovation des équipements hydrauliques, à la construction de tronçon d’autoroutes et l’extension du (...)

  • La prédation locale

    Un des mécanismes essentiels de la prédation repose sur l’usage des ressources et finances publiques à des fins d’accumulation privé : au-delà du financement spécifique consacré aux dépenses royales (entretien des palais, frais de déplacement, pensions et salaires royaux…) dont le coût est exorbitant, ce qui est essentiel est l’étendue du « transfert de (...)

  • La prédation au Maroc : une vieille histoire ?

    « Outre les maux de l’époque actuelle, nous avons à supporter une longue série de maux héréditaires provenant de la végétation continue de modes de production dépassés avec à la suite des rapports politiques et sociaux à contretemps qu’ils engendrent. Nous avons à souffrir non seulement de la part des vivants mais encore de la part des morts. Le mort saisit (...)

  • L’économie politique de la prédation

    Le terme de prédation est à la mode mais faiblement analysé. On pense souvent aux « marchés financiers » et aux exigences d’hyper rentabilité des actionnaires. Cette vision mythique ignore les connections construites entre les différentes fractions du capital et la logique interne du système libéral qui tend à imposer une dérégulation généralisée et (...)