Vous êtes ici : Accueil > ملفاتنا > La prédation économique au Maroc > Créer des espaces dotées d’une autonomie relative
  • Créer des espaces dotées d’une autonomie relative

  • En dépit des tares de l’économie marocaine, des citoyens peuvent créer des espaces relativement indépendants face aux politiques de prédation économique et de dépendance vis-à-vis de l’étranger.

    Malgré leur fragilité, beaucoup de ces expériences, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise, peuvent participer à l’émergence d’alternatives d’émancipation. Nous essayerons dans cet article de mettre la lumière sur certaines « formes de résistance » dont ont recours les ingénieurs et les cadres.

    La majorité des ingénieurs et des cadres financiers et commerciaux, évoluent dans des structures hautement concurrentielles sur le plan individuel, caractérisées par un processus de prise de décision autoritaire et où l’employeur cherche d’abord à maximiser le profit.

     

    Au travers d’entretiens que nous avons menés nous avons constaté que certains cadres/ingénieurs éprouvent une certaine contradiction entre leur discours qui condamne la tyrannie et les malversations dans la société marocaine et leur mission au sein de l’entreprise qui peut les amener à déployer des décisions administratives par la contrainte ou la ruse. Ce positionnement schizophrénique pose la problématique de l’idée que se fait une large frange de la classe moyenne favorable au mouvement du 20 février de la question du changement démocratique au Maroc. Cette idée peut globalement être résumée en une démocratie représentative qui ne franchit jamais le seuil de l’entreprise où règne des décisions unilatérales.

     

    Beaucoup de chefs d’entreprises sont opportunistes, ils cherchent à maximiser le rendement tout en minimisant l’investissement industriel et technologique. Ils tentent de s’adapter aux contraintes légales, techniques et concurrentielles en embauchant des profils qui ont la capacité et la formation scientifique nécessaires pour la gestion rationnelle de l’entreprise. Cependant, ces mêmes chefs d’entreprise demeurent imprégnés d’une approche quasi féodale, ils considèrent les équipements et les deniers de l’entreprise comme les leurs propres et ils en disposent selon leur bon vouloir.

    Cet état des choses pose d’énormes problèmes aux cadres et ingénieurs intègres qui cherchent à améliorer la productivité et développer l’entreprise au lieu de servir les intérêts étroits des partons ou de participer à la gabegie. Bien évidemment plusieurs cadres choisissent la loyauté aux patrons et courbent l’échine face à la politique de prédation de la direction de l’entreprise (Cf l’article sur les mécanismes de la prédation économique) mais certains cadres ou ingénieurs optent pour diverses formes de résistance.

    Les ingénieurs et cadres « dissidents » s’appuient essentiellement sur leur expérience dans leur domaine de compétence pour s’aménager un espace de liberté dans leur prise de décision. Eu égard à leur parfaite maitrise des techniques idoines pour solutionner les problèmes que traverse leurs usines, les ingénieurs peuvent infléchir le processus de prise de décision vers l’amélioration de la qualité des produits. Cela leur permet d’obtenir des appels d’offre du fait de la qualité des biens ou services proposés plutôt que par le versement de pots-de-vin. De même le responsable comptable peut détecter les anomalies financières et essayer de les dépasser en s’appuyant sur le principe de la séparation entre les ressources de l’entreprise de celles du parton pour éviter les abus de biens sociaux.

    Par ailleurs, lorsqu’un cadre/ingénieur gagne en responsabilité, en tant que chef de projet ou responsable de service, dans une structure marquée par l’autoritarisme, il est en mesure de favoriser l’éclosion d’ « oasis démocratiques ». Celui-ci applique une approche participative incitant ses collègues à collaborer en lieu et place d’une concurrence destructrice. Ce mode de gestion au sein des « oasis démocratiques » neutralise également les pressions du service ressources humaines en orientant les efforts vers une parfaite exécution des tâches dévolues.

    Ces tentatives sont avant tout des initiatives personnelles, incapables souvent de dépasser les politiques tyranniques et prédatrices de la direction de l’entreprise, pire elles peuvent s’interrompre prématurément dès qu’il y a de la pression sur leurs initiateurs qui se trouvent contraints de rentrer dans le rang ou de quitter l’entreprise.

     

    Par contre les initiatives collectives auxquelles adhérent un nombre important d’employés sont capables de créer des dynamiques positives génératrices de possibilités d’émancipation dans l’espace de travail. Ce genre d’initiatives se fonde sur l’instauration de formules démocratiques dans les entreprises via la création de cellules syndicales pour les ingénieurs et les cadres. Ces syndicats s’organisent autour d’assemblées générales qui élisent des représentants des employés chargés de défendre leurs intérêts et améliorer leurs situations voir même d’ouvrir des débats sur la politique de la direction et ses choix stratégiques. Ils peuvent également créer une revue papier ou électronique qui constituerait un espace de débat et de diffusion des articles des employés et de leurs propositions et alternatives pour l’administration de l’entreprise. Le syndicat peut également organiser des conférences culturelles, inviter des personnalités externes à l’entreprise et organiser des sorties, des fêtes et voyages pour casser la routine du travail.

     

    Article traduit de l’arabe par Abdellah.