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  • Qui sommes nous ?

  • « Il est temps de réveiller les étoiles » ( René Char )

    « De Tunis à Rabat, l’éternité nous appartient, rugueuse, torride, échafaudée de rires jeunes et d’espérance. Le pavillon d’éclipse arrache les socles, jette le nom des fauconniers aux oubliettes. C’est l’Age irréversible des lésions contre les sourds et les sinistres. Le peuple chante à minuit quand le démon sédentaire tombe au pied d’un mur incandescent. Aucune liberté ne s’octroie. » ( A. Serhane)

     

    « Taharouriates » (Emancipations) est un collectif qui se veut un espace de débat et de réflexion pluraliste pour aider à l’émergence de nouvelles idées et constructions théoriques qui serviront aux citoyens, militants et activistes faisant partie des mobilisations sociales et démocratiques.

     

     

    Nous sortons d’une longue période de reflux, d’échecs passés, dans un contexte mondial et national bouleversés qui nécessitent de retravailler en profondeur notre idéal : quelle société voulons-nous ? Quelle est notre projet alternatif ? Quelles émancipations possibles ? La période ouverte par les processus révolutionnaires dans la région dans un contexte de crise globale du capitalisme rend ce travail indispensable.

     

    Il est peut-être temps de réfléchir à une émancipation nationale. Pour un Maroc réellement souverain qui ne soit plus un terrain de chasse des multinationales de l’Empire ou des monarchies du golfe. Notre pays, ses ressources, sa population ne sont pas à vendre ni à piller.

    Rompre avec la logique de dépendance, de la marchandisation généralisée, du profit à tout va, est un acte démocratique et une condition de l’autodétermination nationale et populaire. Non pas dans un geste de repli mais comme un mouvement de réappropriation de notre avenir, ouvert sur une dynamique régionale, à travers la construction d’une unité des peuples du Maghreb et du Machrek dans une fédération démocratique mettant fin à toute forme d’oppression nationale.

    Ne faudrait-il pas par exemple réfléchir sérieusement aux modalités de rupture avec les injonctions du FMI ? Face à la mondialisation capitaliste et militariste, comment pouvons-nous construire une mondialisation des luttes et de solidarité stratégique des opprimés ?

     

    Qu’en est-il de l’émancipation politique ?

    Le peuple marocain en devenir peut-il concevoir un autre pouvoir que celui qui « accepte de commander en obéissant », bannit à jamais le règne de la matraque, abolit les centres de torture, juge les corrompus et les tortionnaires, supprime les privilèges et l’arbitraire ?

    On gagnerait peut-être à réfléchir à un pouvoir qui, sous contrôle populaire, remplace le parlement des béni oui oui par une assemblée des mouvements sociaux et démocratiques, écrit, en tifinagh et en arabe, sur tous les établissements publiques : "Justice Liberté Egalité Dignité", ne donne lieu à aucun privilège de fonction, se passe de zaïms quels qu’ils soient.

     

    Un pouvoir, qui de la base au sommet, nourrit une construction démocratique dans toutes les sphères de la société. Un pouvoir qui n’appartient absolument à personne mais à tous ceux et celles qui n’ont aucun pouvoir.

    Encore faut-il repenser cette émancipation sans la réduire à une gouvernance parlementariste, fondée uniquement sur des élections libres qui délèguent tous les pouvoirs à des institutions "représentatives".

    Ce système serait sûrement un progrès face à l’absolutisme, mais est-ce qu’il répond à la jeunesse-en-devenir qui aspire, au Maroc comme en Espagne ou aux Etats-Unis, à une "vraie démocratie" participative, citoyenne et populaire sur tous leurs lieux de vie et de travail et sur toutes les questions qui ont un impact sur leur quotidien leur avenir ?

     

    Penser l’émancipation sociale veut dire la fin du despotisme dans les usines et les campagnes.

    Notre peuple-en-devenir sera tôt ou tard confronté à la réflexion sur la construction d’une société où les citoyens pourront se soigner, se loger convenablement, vivre décemment, envoyer leurs enfants dans des écoles publiques de qualité.

    Ne faudrait-il pas concevoir une société débarrassée de la précarité, du chômage et dont le moteur est la solidarité et la satisfaction des besoins, pour qu’aucun enfant ne se retrouve à la rue, aucune ouvrière ne soit licenciée du jour au lendemain, aucun paysan ne quitte sa terre parce qu’elle ne le nourrit plus, aucun diplômé ne s’immole par le feu ?

     

    N’est-il pas temps d’envisager l’expropriation de ceux qui ont volé, racketté, souvent par la violence les biens publics ou ceux de citoyens honnêtes ?

    Pourquoi la communauté n’aurait-elle pas le droit de récupérer ce qui lui a été usurpé par les prédateurs.

     

    Il est peut-être temps de : Réinventer un service public où les besoins ne se marchandent pas et où les droits ne se limitent ni à une portion du territoire, ni à une catégorie sociale.

    Réinventer la production pour qu’elle devienne socialement utile, la propriété pour qu’elle soit sociale et ne donne aucun pouvoir d’exploitation à une minorité.

    Encore faut-il briser à la fois le despotisme du marché sans tomber dans le despotisme bureaucratique, réinventer l’émancipation sociale par le bas en généralisant le contrôle populaire et la définition démocratique et populaire de l’intérêt général.

     

    La démocratie ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise et ne se limite pas aux élections. Elle sera sociale ou elle ne sera pas.

     

    Réfléchissons à une émancipation culturelle.

    Un art et une culture qui libèrent sans codes figés, sans reconnaissance de ce qui est multazim ou pas, conforme à la tradition ou non, conforme à l’engagement ou non.

    Un art et une culture qui devancent l’exigence de liberté, respirent l’universel, rendent hommage à la créativité et l’imagination, se nourrissent des cultures et langues populaires qui reconnaissent nos identités arabo amazighs, sans s’y enfermer.

    Il n’y a pas d’émancipation sans que le récit de nos luttes, de nos vies, de nos aspirations, de nos rêves naviguent en toute liberté sans censeur moral ou gardien de quelque temple qu’il soit.

     

    Il n’y a d’art que subversif, non conformiste, qui réveille le doute, interroge les certitudes, renouvelle la compréhension du monde, et de culture, que celle qui ouvre les horizons d’un rêve éveillé où l’identité n’est pas une affaire de passé mais d’avenir. A la portée de tous et de toutes.

     

    Penser l’émancipation c’est aussi sortir des oppressions.

    Celles des femmes encore reléguées au statut de mineures éternelles et d’esclaves domestiques.

    Au nom de quel principe une femme ne devrait s’occuper exclusivement de ses enfants et de son mari ? Et quand elle travaille d’entamer une deuxième journée de labeur au foyer ?

    Au nom de quoi perdure le partage inégal des tâches ? Des salaires différents pour le même travail ? Au nom de quoi une femme seule n’aurait pas le droit d’accéder à un logement si elle n’est pas passée par les liens sacrés du mariage ?

    Au nom de quoi le mariage ne devrait pas être un choix libre et consenti parmi d’autres options possibles ? Au nom de quoi dans les réunions et organisations militantes, il n’y a jamais de parité de parole et encore moins de parité dans les directions ?

     

    Nous ne voulons plus de cette société qui considère comme naturel le harcèlement sexuel dans le foyer, dans la rue et l’espace public.

    Nous ne voulons plus de cette violence quotidienne où les femmes sont battues et meurent sous les coups de leurs maris, oncles et n’importe qui du moment qu’il est un homme. Souvent dans l’impunité la plus totale.

    Nous ne voulons pas de cette société où la victime d’un viol est considérée comme coupable.

    Nous ne voulons plus de grossesses non désirées, d’avortements clandestins, de répudiations imposés ou déguisées.

    Il n’y aura pas d’émancipation, ni même un début d’émancipation sans une libération des femmes, sans l’abolition du patriarcat, et personne ne viendra les libérer si elles ne le font pas elles mêmes.

     

    Cela est vrai aussi pour les oppressions culturelles qui font partie du code génétique du pouvoir.

    Pas seulement celles qui se traduisent par la marginalisation des langues populaires qualifiés de dialectes au profit d’une arabisation étatique où la langue maternelle des majorités populaires est évacué, mais aussi celles qui tendent à cristalliser un rejet spécifique de la culture et langue amazigh.

    Car il y a bien une contradiction entre la légitimation arabo-islamique du pouvoir, avec son versant linguistique, son caractère de pouvoir centralisé et la réalité culturelle et linguistique de la formation sociale qu’il cherche à dominer ; qui n’est ni homogène, ni exclusivement arabe.

     

    L’émancipation doit viser à mettre fin à toutes forme d’oppression et discrimination, reconnaitre le pluralisme culturel et linguistique, intégrer y compris la possibilité d’autonomies territoriales et culturelles dans un Maroc libre et démocratique où l’unité du peuple ne repose sur une aucune violence étatique ou géographie du pouvoir, mais sur l’épanouissement de ses composantes.

    L’unité dans la diversité ou la diversité dans l’unité.

    Loin d’être seulement une simple concession démocratique, la société émancipée n’est pas celle qui uniformise mais celle qui se conçoit comme un monde fait de plusieurs mondes.

     

    Enfin l’émancipation collective ne signifie pas d’écarter l’émancipation individuelle.

    L’émancipation concrète est portée par des individu-es concret-e-s qui se définissent par des identités multiples : de classe, de genre, d’âge, de culture et de trajectoire singulière de vie.

    Dans cet espace, la possibilité de décider de sa vie, de ses choix sur la base d’une autonomie effective dans le cadre de rapports solidaires, et non pas ceux actuels, de la guerre de tous contre tous et de l’individualisme qui sacrifie l’individualité de chacun, est important.

    On gagnerait à concevoir que la liberté individuelle et collective puisse désobéir aux valeurs et pratiques de l’idéologie dominante et de l’ordre moral réactionnaire et patriarcal.

     

    La jeunesse-en-devenir considère les croyances comme une affaire privée et conçoit une pluralité de citoyens croyants, agnostiques ou athées. Il est temps d’envisager une société où l’on ne mélange pas les mosquées et les affaires de la cité.

    Cette jeunesse va de plus en plus assumer une sexualité libre et indépendante sur la base d’une liberté de consentement réciproque et de respect mutuel, sans demander l’autorisation à quiconque et avec qui on veut. Que l’on soit hétéro ou homosexuel.

     

    La société en devenir sera celle où chacun brisera la misère sociale, matérielle, affective et sexuelle et vivra pleinement sa vie. Même si nos désirs font désordres et que nos rêves deviennent le cauchemar du « vieux monde ».